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aux quatre coins de la terre une femme, un homme, un enfant circulent et se frappent contre un bois étrange, étranger. une balle dévie ou disparaît. un vent ou un parfum se lance, se fend puis s’ouvre comme les bras d’une pieuvre invisible, pour aller embrasser mieux. les quatre coins de la terre sont partout les mêmes. ceux qui les reconnaissent un peu savent qu’on peut les retrouver partout. où exactement, il est impossible de le prévoir. mais pour celui qui voyage la surprise de les retrouver fait invariablement partie des meubles spirituels. dans chaque ville, dans chaque quartier, ce bois étrange, étranger qui tranche dans un travail, planté dans une fourmillière grouillante, caressé de circulations sauvages.
à certaine hauteur du ciel, reliant les coins du monde entre eux, on peut apercevoir très souvent une troupe de fantaisistes vêtus de belles couleurs. dessinant la distance d’un coin à l’autre du monde ils sont là, accrochés à mi-ciel tantôt par un pied, tantôt par une main ou les deux; parfois ils sont étendus sur le dos ou debout, en équilibre, perche à la main. quand le ciel est assez clair, on peut même voir quelques nuages se déchirer et trahir l’endroit même où se trouvent à ce moment même, aux quatre coins du ciel, les barreaux de bois étrange, étranger, qui les suportent.
à cette hauteur, on dit qu’un oiseau peut s’arrêter sec dans son vol et s’écraser sur le sol, mort. superstition de villages d’un des quatre coins du monde? néanmoins quelques âmes auraient été témoins d’un tel spectacle et se prétendent depuis bénis des dieux… et étrange, on les croit…
puis il y a l’étage supérieur, un horizon où siège un peuple de bigarrés, constamment en guerre les uns avec les autres. ce siège éternel est pourtant caché des populations inférieures. bien agrippés à leur butin, ils évoluent, hystériques, tentant d’accroître leur présence sur cette immense planche de bois étrange, étranger qu’ils osent même appeler le toit du monde. d’en-bas on ne peut qu’entendre un grondement lointain, recevoir les éclats d’une tristesse infinie ou encore, entre deux détresses de brouillard, accueillir tout un ciel de longue bière dorée.
enfin, un parfait chaos est perché sur l’arche le plus élevé de cette interminable chaise qu’est l’univers. suspendu à ses extrémités se trouve pratiquement un monde, un monde qui se meurt depuis longtemps. des milliers de rêves qui roulent encore, s’entrechoquant, s’évanouissant lentement. cet espace constellé de cauchemars et d’espoirs, c’est là où se trouve le magma des vieilles aspirations des hommes du bas, la cacophonie sauvage de leurs plans et projets pour le monde, de leurs haines et de leurs peurs. une chronique immense et éternellement agonisante de cris, de pleurs et de rires. flottant sur cette arche de bois étrange, étranger, presque oublié des quatre coins du monde, est en train de sécher un souvenir d’existence.