Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Publicité

Jeudi 8 février 2007
voici donc le deuxième droit du séjour. celui où l'on sait. on connaît. on a vu. on a essayé. on s'pense bon et débrouillard. deux ou trois dents en moins, encore quelques contusions à l'orgueil, des ampoules sur la langue... sur les langues. on a traversé la zone « enthousiasme épais », passé par le couloir « que 'sti qu'c'est ça sainte-affaire?! », échappé aux meutes de « tu vas bécher mon p'tit exotique tu vas voir ça... » et finalement on est arrivé sain et sauf de l'autre côté du miroir. un gros miroir. gros comme notre naïveté. gros comme notre envie grassement macérée dans notre curiosité, cette même curiosité vaporisée de temps immémoriaux par quelque chose de très profond en nous qui relève de l'insatisfaction insatiable... on a bu 4 mois de déviargeages frénétiques, positifs comme négatifs, been there done that comme un grand et nous voici donc humblement remis aux guirlandes du familier, de chaque côté du chemin, les guirlandes tsé celles sur lesquelles on met des tites lumières multicolores pour faire beau et éclairer mexican style un peu en même temps.


le chemin est plus serein, moins franchement exotique, mais non dénué de surprises ni de magie.


been there done that... vraiment? non. je ferai pas dans ce genre-là avant un bout. mais Moscou s'est peu à peu démystifiée. le 15 heures d'avion de distance géo-politico-socio-culturelle a peu à peu fondu dans le rétroviseur et les rues moscovites sont autant de ramifications à partir d'un certain chez-nous. le métro s'est confirmé comme un allié irremplaçable. ici, l'hiver dure le temps d'atteindre une station, une grande bouche de chaleur humaine. et il y en a pratiquement partout. ici, le métro coupe l'hiver, littéralement. et qui va aller se plaindre de cela.


la langue paie également. énormément. toute la différence du monde d'avoir intégré le vocabulaire de base. avec la bonne prononciation par contre. car les moscovites sont un peu allergiques aux accents. pas mal. petit froncement de sourcil lorsqu'une syllabe est moins accentuée ou un peu affaiblie par la mollesse du muscle labial qu'il sollicite... deux « l », pas un, deux. un qu'on attaque avec la pointe de la langue braquée en plein milieu du palais, l'autre, plus « français », qu'on peut se laisser décocher à partir de la jonction palais-dents. plus léger. et plein de tout petits trucs comme ça qui ramifient toujours plus le défi d'apprendre une autre langue et qui constituent les derniers retranchement de ce fameux accent qu'un étranger n'arrive pratiquement jamais à évacuer.


*


puis lentement on constate qu'on regarde un peu mieux, qu'une pellicule s'est déchirée, qu'un meilleur accès nous est alloué... derrière les flots humains il y a bien un désir universel, derrière chaque visage de chaque caissière un firmament de petites douleurs quotidiennes... c'est sûr, le tempérament russe est différent du nôtre. on l'apprivoise néanmoins... croit-on. les faces d'envoyages chier deviennent des faces de si t'es patient tu vas voir que chus pas si pire que ça au fond. et quand on arrive à traverser la barrière de l'incompréhension première (oui, traverser est un grand mot. d'ailleurs, ça prend un certain vocabulaire pour pouvoir traverser cette frontière d'incompréhension... maudite mémoire...)... on arrive.


à Moscou.


*


personnellement (et attention, tout ce qui se passe ici est subjectif, personnel et totalement dénué d'intention d'exactitude. d'ailleurs, ai-je jamais été un être d'exactitude. si on enlevait le potté qu'j'ai foutu dans une hâte surréaliste mais non dénuée de sens artistique – non non, c'est vrai – on pourrait constater cela right now. quel meilleur indicateur de l'exactitude d'un être que sa capacité de découper un mur de gypse et d'enligner les vi-vis dans un casse-tête de fe-feuilles... là encore, je le crois, personne n'ira me contredire... à moins d'avoir envie de se battre... ce qui serait très décourageant étant donné les tracasseries administratives et autres qu'un affrontement sans délai exigerait... car, et on le sait tous, il faut régler les choses à chaud... et un bon 15 heures d'avion serait probablement suffisant pour refroidir les ardeurs les plus belliqueuses... bref, pensez-y même pas), je suis donc arrivé à Moscou le 26 décembre 2006 vers les 20h du soir. à quelques minutes près.


pourquoi? ou comment?


un mot: mobile. un simple achat. une toute petite boî-boîte avec écran et clavier. on fait des appels, on note des numéros, des tâches, des mémos, on envoie des p'tits « sms » pour se retrouver, pour annuler un rendez-vous à la dernière minute, pour faire des invitations, demander un renseignement niaiseux... un téléphone, vinguieu. c'est con et inexpliquable, mais pas de téléphone à moscou et tu vis comme un extraterrestre. et on a tous souvenir quelque part d'avoir vu un film d'extraterrestres: on veut pas ça. c'est pas mêlant, à moscou, comme dans n'importe quelle grande ville très peuplée sans aucun doute, ce petit appareil est à lui seul un rouleau complet et sans fin de fils d'ariane. redoutable. à vous faire regretter l'exclusivité inimitable de la légende.


le mobile, ici, c'est ta seule issue vers les objectifs que tu te fixes, tout abstraits soient-ils en arrivant. ça peut coûter cher, et ça peut impressionner au premier abord. le mien m'a coûté 1700rub. quelque chose comme 65$, plus l'abonnement, plus le temps. au total on arrive autour d'un bon gros 100$. et il y a des paiements mensuels d'au moins 25$...


pour un gars qui pateaugeait dans le rouge foncé à cette époque, c'était comme la dernière tentative de faire débloquer des choses ici, le pari ultime (et auquel j'aurais dû donc dû penser avant... mais bon, on fait avec le cerveau qu'on s'est fait hein...) du gars qui se dit qu'à l'heure qu'il est le fond doit pas être si loin et qu'il vaut peut-être mieux pousser un bon coup par en-bas plutôt que de s'acharner à lutter comme une plume contre la gravité aqueuse des effroyables profondeurs... mais chus du genre à penser que j'peux nager beeen longtemps et que c'est pas parce que le vent vient d'en-bas qu'on est pas en train de remonter... (j'expliquerai ça un jour, j'appelle ça mon p'tit orgueil personnel)


*


le fond effectivement était tout près. en fait à 2 stations de métro au nord de novoslobodskaya, sur la ligne grise: saviolovskaya. un couloir d'un kilomètre, intérieur, truffé de kiosques sans fin. en gros: téléphones, appareils électroniques, films, films de cul. je fais la distinction entre films et films de cul parce qu'il y a presque autant de kiosques de films en général qu'il y en a de consacrés à l'industrie du porn. sur un kilomètre. des deux côtés de l'allée plutôt étroite. un garbouchka sur une seule ligne. c'est d'un débile qu'on peut néanmoins goûter, étant donné la disposition plutôt rectiligne de l'ensemble. le centre d'achat de tous mes fantasmes: une ligne droite, du stock à pus finir, des prix à te faire baver – plus option dealage non négligeable – et un équilibre neuf-usagé très mais très alléchant et rafraîchissant. hélas, seule la mémoire écope encore ici. j'ai vu un beau p'tit truc à 800rub que'que part que'ques mètres derrière nous, mec. ah, on va garder ça en mémoire, mon homme tu vas voir, y en a d'autres...


d'autres, il y en a.


c'est d'ailleurs une devise qui mériterait sa plaque de char: « ici, il y en a d'autres ». la devise de Moscou, tiens.


évidemment, tu pars avec ton achat (qui a légèrement pété le budget initial, bien sûr) et en prime cette petite phrase en tête, comme un vers qui te ronge la résolution d'problème de façon un peu déplaisante.


- pis math, content d'ton achat?


- mouais... mais m'semble que... y en avait d'autres, tu penses pas?...


- ehh! bienvenue à Moscou, mec.


* * *

Par Math - Publié dans : mathvmoskvje
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus