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je suis arrivé à Moscou avec une peur. un voyage de peurs. ou plutôt un trait complet de peurs. je sais, ça fait pas très hot de balancer ça comme ça…
les peurs c’est des drôles de fantômes, des fantômes qui vous connaissent et qui vous aiment. on peut jamais vraiment s’en défaire. sont là comme une colonie un peu prétentieuse. elles n’ont pas vraiment de formes, pas vraiment d’odeur ni de petite cloche comme les vaches au cou. les peurs, ça réclame quelque chose.
…ou si c’était pour nous indiquer une direction, nous pointer vers une issue, vers de l’être, tiens, de l’être perdu qui s’ennuie, enfermé derrière un sas, un porche douche-froide. comme les naissances font hurler. de l’être perdu… aucune idée. on peut avoir les théories qu’on veut là-dessus. et j’commencerai pas à stooler les miennes à personne. j’ai ben trop peur (tiens, une autre!) qu’on me les braque dedans un de ces quatre où je m’en attendrai pas, désarmé. pis j’aime pas être désarmé anyway. mais on peut pas coucher tous les jours avec une semi-automatique appelée « sophie ». et j’sais c’que j’dis, pour l’avoir fait pendant une bonne semaine à une certaine époque (eh oui, chers amis, j’ai déjà été dans l’armée et j’avais appelé mon gun « sophie », en mémoire de ma première blonde… pas par goût personnel, hein, juste parce qu’il fallait trouver un nom à c’te foutu gun-là qu’on nous demandait de démonter et remonter chaque soir avant de dormir. histoire de bien connaître notre meilleure petite amie la m-15 semi-automatique, quoi, mon cul sur la commode, comme dirait dieudonné. valcartier, sacrament. ramper sur la garnotte en plein 30 degrés celcius à valcartier. home of the land of the snowmoblie on the gallerie and crash’n in the trashcan yeah. maquillage de camouflage et tout là, hein. si l’prochain conflit international éclate à valcartier, je jure devant dieu que j’me rends au manège militaire, me fous à genoux devant l’desk du capitaine qui m’a blasté quand j’ai foutu ça là pis j’le supplie d’me remettre en service… promis, là…)… técas. on embarquera pas là-d’dans aujourd’hui hein. quand même.
alors voilà. je suis arrivé à Moscou avec quelques peurs bien concrètes. celles qui m’aiment le plus. celles qui me préfèrent. mais Moscou est une ville qui fatigue les peurs. c’est tellement grand. et le métro est d’une efficacité… tellement facile d’en semer deux ou trois, juste en zigzaguant à travers la foule sentimentale. (j’viens d’mettre une toune dans tête à quelqu’un?) Moscou est en effet une ville qui dilue bien des choses. un marécage humain où l’homme est un éclat de sucre. et mes peurs se sont découragées quand elles ont compris que j’aimais beaucoup Moscou. quand on aime pour vrai, les peurs trouvent ça un peu poche et elles retournent se coucher, les p'tites câlices. ok, l’attitude est très enfantine, j’en conviens, mais la mascarade est ainsi faite. et j’sais qu’elles sont patientes. c’est patient les peurs. ça va vous avoir, mais ça peut attendre en masse. on peut seulement avancer dans la vie en les renvoyant se coucher. c’est comme un cycle peut-être. par p’tites victoires : « va t’coucher!... euh… t’es qui toi? j’t’ai jamais vue… »
des fois ça peut être long.
ici, ça m’aura bien fait gosser 4 bons mois.
aujourd’hui je brûle un petit lampion à toutes ces peurs que j’ai réussi à renvoyer au lit. j’ai pris une bonne douche, puis j’ai pesé sur play.
С новым годом. bonne année. une chanson de Сергей Бабкин (Sergueï Babkin), le guitariste de 5’NIZZA. accompagné par l’orchestre symphonique de Moscou. le gars en a fait d’autres très belles, mais celle-là c’est la plus grande, la plus puissante. c’est ma semi-automatique à moi depuis quelques mois. c’est avec elle que j’ai foutu la frousse à quelques peurs. la musique peut faire ça. la musique me fait ça. john lennon aurait pu tout aussi bien écrire « music is a warm gun ».
le matin, j’ouvre les rideaux sur les murs de la cour intérieur, et je me lave avec cette chanson-là. les peurs sont allées s’coucher anyway. j’le sais, ça fait un christ de bout que j’les ai revues.
* * *
désolé pour le bancal de la méthode, mais les français sont tellement trop clairs des fois... faites un couper-coller dans votre barre d'adresse, simple et con:
http://www.snba.msk.ru/m/Sng/2-sng-orkestrGlobalis.mp3