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concentration. je download les noms des étudiantes de mon cours à l’université… petit truc : ça rime en « a »…
ok, léger bogue. je suis censé avoir 9 étudiantes, moi. là, d’après mon décompte, j’en aurais quelque chose comme 8. mais quelle pourrait bien être l’autre, la « #9 » (numbernine, numbernine, numbernine…)? une qui vient jamais, ça, c’est clair. parce que non, ça ne me revient pas, mais pas dutout. peut-être ne l’ai-je même jamais vue. serait-ce possible. pourtant, avec le temps, j’aurais dû être capable, drète là, de balancer leurs 9 noms sans hésitation. même si chaque semaine me griffonne un portrait très impressionniste de l’ensemble du groupe. et m’étant décrété, un beau jour, impressionniste jusque dans le cerveau des os (charmant idiome russe qui me vient du cours de vlad; par exemple, vladimir nous a appris cette semaine que staline était « géorgien jusque dans le cerveau de ses os ») – d’ailleurs, il faudra bien que je décrive, si ce n’est que pour ma petite gouverne à moi, cette attitude impressionniste que j’ai toujours eue : espèce de démarche brouillonne en apparence, très intuitive dans la pratique et difficile à cerner quand on a le nez dedans, mais, une fois le recul suffisant obtenu, paf, on obtient un tableau digne, mettons, j’sais pas trop là, de l’art d’un monet, par exemple, le tout agrémenté d’une touche surréaliste « génie latent » ou « flux interne sacré »; et voilà comment on arrive parfois à se réconcilier avec la pensée que l'on peut avoir, plus souvent qu’à son tour, de mener une vie d’incompris… – , je disais donc que, m’étant décrété un beau jour impressionniste jusque dans le cerveau de mes os, je m’abandonne entièrement à cette vive impression que j’ai soudainement claire et persistante : la neuvième ne fut jamais qu’une statistique flottante. tatata-taaaam. j’étais censé avoir 9 étudiantes, je n’en peux compter que 8. tatata-tttaaam.
mes étudiantes s’évertuent, semaine après semaine, à innover dans ce que j’ai pris comme étant une espèce de rotation des présences, un vrai kaléidoscope de regards de toutes les couleurs, enfoncés comme des bijoux dans des bettes mi-sourire en coin, mi-prudente appréhension, comme vaguement amusées longtemps à l’avance à l’idée de voir de quelle façon « môsieur le professeur de linguistique et traduction » va arriver à leur faire croire qu’on peut décemment lui accorder ce titre…
baveux comme je suis, laissez-moi vous dire que j’ai tout de suite pris ça comme un défi.
l’objectif inavoué de cette rotation, ai-je donc conclu à part moi-même : entretenir un quorum hallucinatoire, assez stable dans son arbitraire, de 6. un léger blizzard tourbillonnant de gamines, échelonné sur un semestre, jamais les mêmes visages, mais toujours vaguement les mêmes rafales, issues de la même batche de 8-supposées-être-9. chaque jeudi donc, 12h35-40 (je fais commencer le cours maintenant à 12h30), une des filles me donne le compte-rendu du prognostique ambiant concernant les éventuelles présences : « aujourd’hui nous serons… », puis suit un chiffre tournant invariablement autour de 5 ou 6, jamais plus, souvent moins. le tout lancé dans une trille très chantante, d’un air convenu, presque distrait, le plus souvent pendant qu’elle ôte son manteau, juste avant de vérifier si elle n’aurait pas manqué un appel sur son portable.
ça m’amuse toujours. ces gamines-là sont trop cools.
bon. 6. ok. anyway, m’en fous un peu. à 3 ou à 8, le cours, je le donne toujours avec le même tilt, la même adrénalyne et le même souci de pas trop laisser transparaître que je sais qu’elles savent que je ne suis pas si « prof » que ça... d’ailleurs elles savent que je sais qu’elles savent (et on peut aller très loin avec ce genre de formules…) et me le communiquent suffisamment, seulement dans la façon dont elles me regardent pendant que je parle. c’est comme implicite, tacite, ça, entre nous 10… euh 9… ben... 6 ou 7, disons : je ne suis pas « le prof », je suis le copain du québec qui représente, entre les 4 murs de cette salle, l’unique référence accessible en matière 1. de langue française et franco-québécoise, 2. de culture franco-québécoise en général, et même, 3. d’historicité et de critique des relations canada-québec des débuts d’la colonie jusqu’à nos jours. gros programme hein…
(blblblblbl. et c’est too bad pour ceux qui freakent à l’idée d’imaginer ça!)
astheure just watch me propager mes idées politiques à partir du cœur de la russie jusque dans tout le monde russophone. et j’peux être convainquant hein, quand j’fais un effort.
fallait juste me voir, hier, leur balancer la chronologie des événements conduisant de l’élection du pq en 76 jusqu’à la nuit des longs couteaux. dès que j’me suis mis à parler, elles ont tout de suite sorti leurs p’tits cahiers et ont commencé à noter précieusement ce que j’étais en train de raconter. comme de bonnes petites étudiantes qu’elles savent être par moment.
et bien que je sois quelque peu sévère sur la question de mon « statut » de prof ici, je dois avouer que je sais être crédible, à ma manière bien sûr, à l’occasion. en tant que newbie très candide dans l’univers de la « communication du savoir » (oh, serais-je en train d’y prendre un goût illicite…), je dois quand même admettre qu’il m’est venu un certain sourire intérieur en voyant leurs p’tits visages clairs affairés entre mon gribouillage au tableau et leurs cahiers de notes.
(« alors, l’élément clé de l’intention de p.-e.t. (« p.-e.t. » ils l’ont bien trouvée drôle, celle-là) de faire ratifier le projet de constitution canadienne, n’était rien d’autre que l’adoption de sa fameuse charte des droits et libertés, laquelle venait invalider une grande partie des articles de la loi 101, une loi fondamentale pour le québec, adoptée dès les premières années de règne du parti québécois, et blablabla… »)
du reste, si le titre de « prof » ne peut pas arriver à décrire totalement la nature du « travail » que je me tape à chaque semaine (et c’est un « travail », ça, c’est clair), probablement que celui d’ambassadeur pourrait aider à compléter le portrait. c’est un peu plus prétentieux, ok, je l’admets, mais en même temps, aussi paradoxal que ça puisse paraître, plus humble. c’est pas complètement l’un, pas complètement l’autre, encore une fois, mais c’est « aussi » l’un et « aussi » l’autre.
j’ai donc dû faire appel à mon imagination néologique légendaire, une fois de plus, pour arriver à satisfaire ma soif intatiable de précision sémantico-lexicale, et j’ai ainsi créé, sur la flye, comme ça, en plein enthousiasme heuristique, le concept de « profassadeur ». voilà. je suis un profassadeur. un profassadeur, ça « profasse », ça do-donne des cou-cours (mais préparés, hein, excusez ben, et quand même rigoureux, et pas que des gugus, là, nanaon, d’la vraie grammaire et des exercices et tout) ET aussi ça agit à titre de fenêtre vive sur la diversité socio-géo-politico-culturelle de la francophonie…
j’m’la pète un peu là…
ok, ok, j’arrête ça.
on comprend l’portrait général.
et d’ailleurs, tous mes collègues sont des profassadeurs.
et ce qui est magique avec la carrière éclair de profassadeur, c’est qu’on le devient comme par surprise. ça nous avale comme une dette, ça nous tire par la tignasse comme un cromagnon en rut, ça nous pogne comme la grippe. bref, ça nous arrive.
Salut, Mathb.
J'aime assez ça, lire ton blogue. C'est un peu comme si tu étais ici. Je te vois avec ta gueule de déjanté et ton air de «j'm'en cri***-tu». Puis je m'ennuie. Mais au moins je suis installée à ton bureau tous les aprem, ça rend l'ennui moins ennuyant.
Pense à moi si tu trouves des recettes de desserts russes qui ont de l'allure. Comme ça, à ton retour, je pourrai t'en cuisiner... juste pour la nostalgie. Tu sais à quel point j'aime cuisiner, les desserts surtout.