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mathvmoskvje

Vendredi 29 septembre 2006 5 29 /09 /2006 11:37

un certain mardi après-midi de désoeuvrement pré-début-d'la-vraie-job (donc on parle d'une bonne semaine et demie passée; là la vraie job est chose du présent), un certain philippe collègue québécois plutôt branché bourrer-son-portable-de-numéros-d'téléphone, c'est-à-dire qui a des contact à n'en plus savoir que faire et qui par conséquence nous a à peu près tous devancé d'un bon nombre de rendonnées dans moscou et ceci dès les premiers 2 ou 3 jours..., nous invite donc, quatre collègues et moi, à une grande balade dans le moscou 1000 points aux darts, j'ai nommé la красная площадь (prononcer « krassnaya ploshat ») ou, de son p'tit nom, la place rouge.


(d'ailleurs, « place rouge », apprend-on, est une traduction littérale de l'expression russe красная площадь. et tant qu'à y être, pour les férus de linguistique diachronique, n'est-il pas est intéressant de noter au passage qu'en des temps reculés d'une distance d'au moins oh j'dirais une bonne clôture métallique par rapport au trottoir le mot красная, qui aujourd'hui bien sûr signifie « rouge », voulait dire en fait « belle », et qu'aujourd'hui l'idée de beauté se traduit sous la forme красыва – prononcer « krassiva »).


évidemment, arriver à moscou et aller faire un « kodak tour » à la belle place, y a pas grand-chose là-d'dans de bien bien orignal. d'autant plus que j'avais déjà mis, bien avant, quelques photos dans la section « balade » icit'd'dans même, que j'avais prises à l'occasion d'une espèce de tour guidé improvisé, que nous nous étions fait offrir au lendemain de notre arrivée. pourtant, ce fut tout de même l'occasion d'un léger émoi. car la température globale nous ayant fait jusque là l'effet d'une grosse facture de restaurant russe, nous étions très heureux de renouer avec la pigmentation des choses lorsque animée par un soleil qui veut bien. (ici il faut savoir bien sûr que le mot russe pour « facture » est ''счёт'' et se prononce vraiment « chiotte ». c'est d'ailleurs, et je ne sais pas vraiment pourquoi, l'une des premières choses que nous avons apprises en terre moscovite. et évidemment, la première fois qu'un ou quatre verres dans le nez le québécois moyen – comprendre « pas moi » – demande lui-même sa « chiotte », surtout disons en présence d'autres québécois, au restaurant, cela ne manque jamais de provoquer une situation plutôt épaisse. ici les tables ayant des oreilles très peu discrètes... bref passons.) la température était là, donc, l'instant nous souriait à pleines dents, il ne manquait qu'une carte de métro et nous étions prêts à nous lancer vers le beau p'tit point rouge au centre de la cible. ce que nous fîmes joyeusement.


(au risque de me répéter, à 125 roubles la passe de 10 entrées comprends-tu, tu peux pas trop te priver de prendre le métro ici. et j'suis certain qu'en hiver le métro de moscou va être des plus bénéfiques. d'autant plus qu'il est si fascinant et si excitant (je réfère ici au post intitulé « l'esprit de (dé)foule » ceux qui n'auraient pas compris à quoi ces participes présents adjectivaux réfèrent). on r'met ça pour la cause: 125 divisé par 24, on arrive à un total de 5$ canadien pour 10 entrées. ce qui m'amène à proposer aux québécois qu'ils se mettent frénétiquement à créer plein d'enfants. ékkkoute. seulement pour un métro ça en vaudrait la peine! certain qu'le docteur chicoine trouverait là matière à publier plein d'livres. mais pour un métro, what the frickin' heck.)


et pour faire durer le plaisir un peu, on décide donc de débarquer un peu avant la station d'la place. histoire de dégainer un peu nos appareils photos comme de bons touristes qui ont envie d'évacuer le plus rapidement possible cette pulsion qui nous rongeait tous depuis nos toutes premières minutes à moscou. histoire de passer à autre chose, genre. bon, ok, c'est l'fun prendre des photos. mais quand t'es un touriste en terre étrangère, c'est jamais pareil. sais pas trop comment expliquer ce feeling. c'est viscéral on dirait. c'est quelque chose qu'on sent. ça flotte comme une odeur en pleine rue. et, tout ceci mis à part, il faut convenir tout d'même que ça prend des proportions quelque peu moronnes en groupe de 6.


phénomène du « j'prends une gorgée tout l'monde en prend une », « j'bâille tout l'monde bâille », j'sais foutument pas pourquoi, mais chaque fois que j'voyais un collègue cliché-crinqué dégainer j'me mettais automatiquement à chercher autour, comme par devoir moral, s'il y aurait pas un intérêt quelconque à capturer le moment présent. mais quel moment donc voyons voir ça. et presque 4 fois sur 5, on se retrouvait ainsi, les 6 en même temps, à mirer en choeur quelque angle de rue, quelque bâtisse 19e siècle jaune, bleu pâle, rouge vin aux cadres de fenêtres blancs, de ce néanmoins indiscutablement magnifique coin appellé китай город (prononcer « kitaï gorot »; le mot « kitaï » voulant dire « chinois » et le mot « gorot », « ville ») qui, si je ne m'abuse, serait le plus vieux quartier de moscou, situé à l'arrière de la place rouge.


au bout d'un certain moment, nous arrivions à un rond-point, espèce de carrefour qui nous faisait déjà entrevoir au loin quelques pignons des palissades de la place rouge. sur le côté de la rue que nous étions en train de traverser, faisant face donc au gros rond-point, se trouvait un immeuble gigantesque et impressionnant, en forme de gros cube gris très soviétique, très stalinien dans sa conception (si l'esthétique stalinienne peut renvoyer à quelque réalité architecturale). néanmoins, les façades étaient très travaillées et on pouvait y remarquer un certain souci d'enjoliver les parois de béton de divers symboles renvoyant à une époque plutôt obscure de l'histoire du régime soviétique. le building en question était nul autre que l'espèce d'ex-quartier général de tabassage du kgb (exactement, le nom ne me revient pas pour le moment. je fais quelques recherches et je reviens là-dessus.) évidemment, nous eurent tous le même réflexe: wow, comment se trouver un super spot pour te smacker c'te beau shack-là pour l'éternité...


nous étant éloignés un peu du building, dont le caractère imposant exigeait tout de même un certain recul de la part des lécheurs d'icônes que nous devenons tous malgré nous ici, on se retrouva donc sur un trottoir, en biais, qui donnait sur une allée réservée à même la rue au moyen d'une clôture métallique qui longeait ledit trottoir et poursuivait sa course devant l'ex-building du kgb juuusqu'à une espèce de guérite vitrée, blanche, en bois. en principe, on n'aurait pas réellement été censés fait attention à cette guérite-là. mais ç'aurait été bien mal compter sur mon apport bien personnel.


n'aimant pas trop l'angle adopté par mes collègues québécois, je décidai donc de me lancer dans ladite allée longeant notre trottoir, afin de donner à ma caméra un petit 6 pieds de plus en fait de perspective. ce qui fit en effet amplement la job, comme on peut voir dans le cliché que j'ai à l'instant même très glorieusement pinné dans la section « quelques balades ». si bien que je décidai de prendre 2 clichés du bâtiment, histoire de vrrrraiment là, tsé, le croquer pour que ça en vaille la peine. et deux luminosité différentes excusez m'sieurs-dames...


après le second cliché, extrait de la bulle de concentration propre au photographe qui vient de couronner un autre moment fûté de son histoire de chasse, donc pas comme les autres et qui sait c'qu'y faut faire pour bien prendre une relique en photo, que c'est que j'vois-t-y pas s'avancer vers notre petit groupe, pas de jogging un peu lourd mais néanmoins très convaincu? ok, on voyait ça arriver, c'était bleu, ok, ça avait une casquette bleue avec une p'tite stripe rouge au milieu, et plus ça avançait vers nous plus une forme humaine devenait évidente. c'est alors que je vis vraiment la guérite blanche et que 2 ou 3 bons liens se firent dans mon esprit.


viarge, on va s'faire shipper nos kodaks. que j'me disais. viarge, ça y est, ça va m'coûter 9000 roubles pour soit le convaincre d'oublier tout ça, soit pour remplacer mon appareil. viarge, continuai-je (tout ceci se déroulant à une vitesse éclair dans mon esprit... faut dire aussi que la forme bleue courait pas vite, ça donnait le temps de pousser quelques « viarges » en ligne), pis chus pas tout seul, les autres vont sûrement eux aussi me taxer...


le silence entre le moment où l'on s'est rendus compte qu'on était spotés et celui de l'arrivée de l'agent fut tout de même un étrange moment, caractérisé entre autres par le fait qu'on ne savait pas trop comment se positionner pour recevoir le mec en uniforme. les regards étaient nerveux, on mettait nos appareils à « off » bien discrètement, et pour ma part je ne pouvais m'empêcher de sentir, au tréfond des expressions faciales qui rencontraient brièvement mon regard, une espèce de « boaahrf, tsé, c'est pas vraiment d'ta faute mec; nous, y pouvait pas trop nous voir, mais toi... mais c'est pas grave tsé, on est ici pour vivre des choses comme ça, dans l'fond... » très poli mais néanmoins très mal assuré.


ok, j'arrête de prolonger le suspense inutilement. en fait, plus l'agent avançait, plus on pouvait distinguer un léger air cool dans son visage. genre: le gars passe ses journées dans sa guérite à rien faire sauf espérer qu'il y ait du méné qui s'pointe le nez. mais le coin étant pauvre en poisson ce jour-là on peut comprendre que la gent agente (maudit qu'chus fluent en français!), clémente, fasse la part des choses lorsque vient l'temps d'appliquer les ordres de non profanation d'icônes socialistes... et en effet, un grand soulagement prit (oui, en choeur) notre petite société lorsqu'on a constaté que le monsieur habillé en agent avait quand même un grand sourire aux lèvres en s'approchant. tout de même. on s'garde une petite dose de méfiance hein. on sait jamais avec ces gars-là. des sourires de même, ça peut vouloir dire n'iiiimmmporte quoi ici.


« delete delete » qu'y disait, la grosse face rose de boutons de 18 ans comprénsive, « delete, amerikanski ».


et nous de lui présenter, l'air probablement mauditement soulagé, un à un nos kodaks, en appuyant sur le p'tit piton « delete », l'image du building bien en vue devant lui.


mais moi, plutôt fûté, j'en avais pris 2, photos. j'ai donc « deleté » la première, lui ai fait une grosse face de sourire, lui m'a répondu par la même face, puis j'ai vite éteint mon appareil. le p'tit agent s'en est retourné dans sa cabane blanche avec quelque chose comme le sentiment du devoir post-socialiste accompli. et peut-être aussi un gros « suckers » en cyrillique dans sa barbe d'imberbe.


j'avais-t-y pas une photo pas « deletée » dans ma besace. bon, j'avais provoqué l'incident, ok. mais ne fus-je pas le seul, ce jour-là, qui partit avec sa photo du building de l'ex-kgb en poche... destination place rouge.


(au fait, elle était où celle-là...)


пака!


* * *


p.s.: bon, ok, afin de rétablir les faits sans trop enlever à la diégèse de son punch, et sans faire non plus une seule tache à la gloire que je n'hésite pas un instant à m'y attribuer, un certain devoir d'objectivité me commande toutefois de préciser qu'il n'est pas du tout interdit dans les faits de prendre le bâtiment de l'ex-kgb en photo. car le rond-point étant quand même très vaste et très achallandé, il est théoriquement impossible d'imaginer qu'un seul agent dans sa p'tite guérite puisse se mettre à intervenir chaque fois qu'un touriste sort son appareil. seulement, le fait est que nous en étions beaucoup trop près.


p.p.s.: les amateurs d'authenticité seront bien servi lorsqu'ils constateront, en examinant attentivement le cliché que j'expose, qu'en fait, toute cette histoire se trouve en entier contenue dans cette seule image. je compterai donc, au bout de mon texte, à l'aide de la fonction « statistiques » de mon logiciel de traitement de texte, le nombre de mots qu'il m'aura fallu pour la relater. un 10 que ça pète le 1000.


on peut donc y voir l'agent, poings aux hanches, en train de s'assurer que je suis bel et bien en train d'appuyer sur la gachette et se disant probablement quelque chose comme « ah ben calvaze, pas vrai ».

Par Math - Publié dans : mathvmoskvje
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