fin octobre frappe comme une femme enceinte. quelque chose comme un aboutissement. l’automne était là, belle et lente blonde qui perd des pépites à mesure que les jours avancent. chaque jour un peu plus froid, lentement un peu plus froid, mais pas trop. progressivement, sans trop de caprice, l’automne avançait. puis, sans surprise, sans grande violence, la première neige… pas comme si on l’avait attendue, pas comme si on la redoutait comme un cancer. très sweet, très class, la neige est arrivée un matin normal, convenue.
« идёт снег ». [idiot cnek], comme on dit ici. littéralement : « la neige marche ». la pluie marche aussi d’ailleurs : « идёт дождь» [idiot dojt].
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il faut dire que vladimir, notre prof d’histoire, ne nous a pas été envoyé pour nous rendre la pilule plus facile à avaler. il faut seulement le voir aller nous rabâcher avec une fierté qui, je dois l’avouer malgré la profonde sympathie que j’éprouve pour ce jeune historien des relations canada-russie, frôle à présent le manque de retenue, jour après jour, en long et en large, mur à mur, combien la neige, et plus précisément l’hiver, fut de tout temps l’arrière-garde en quelque sorte de l’armée russe, sa dernière chance, le dernier rempart de son ultime victoire et… paradoxalement, de sa survie. peu importe l’époque, il est toujours possible de retracer, parmi tous les grands conflits qu’a pu vivre la russie sur son territoire, un épisode glorieux où la neige, le froid et la distance eurent raison de l’envahisseur. un prolongement de l’identité nationale, si l'on veut. et vladimir de nous cogiter ça à voix haute, tout engourdi d'un sentiment national profondément éprouvé, après s’être pris la lèvre inférieure entre les dents un bon 3 ou 4 secondes, hochant de sa blanche tronche : « comment les gens arrivaient à tenir d’aussi ridicules forteresses dans de telles conditions, avec d’aussi ridicules moyens de subsistance, par des températures si âpres, alors que l’ennemi doublait, quintuplait le nombre de leur même-pas-armée… cela demeure pour moi un mystère entier… »
puis, brusque reprise des sens et retour à la réalité très peu glorieuse du cours. celle où il faut s'enquérir sans relâche...
paniatna? qu'il nous envoie, l'oeil petit et le regard encore tout fraîchement embué.
paniatna, vlad. (heureusement, cette explication était en anglais)
expiration bien méritée. on avale un peu de salive.
d’ailleurs, bien qu’on puisse prétendre, tout nordiques que nous soyons nous-mêmes (vague relen de nostalgie, tout à coup, en écrivant ce mot au pluriel…), à la gargarisation feinte du tough qui en a donc connu des -59 avec le facteur vent, à changer un pneu sur la grand-route (oui, oui, chus sûr qu’y en a qui s’reconnaissent) pis m’a t’dire un’ affaire mon p’tit étranger attend d’voir ça en février tu vas capoter… donc bien qu’on puisse prétendre nous-mêmes à cette espèce de faux orgueil de l’habitant du nord, qui le pousse trop souvent à mon humble avis, en présence d’étrangers peu enclins aux choses du froid, à se la gargariser « tu vas voir mon p'tit n’homme que l’québec c’est frète en maudit », ici, ce stock de vécu prétentieux se voit conférer d’emblée une validité nulle. que dis-je, plus que nulle.
en effet, parler de l’hiver avec un russe, c’est comme parler de la poutine avec un québécois. écoeure pas, c’est rien qu’lui qui connaît ça. sur tooouutte la planète. et la sienne, essaie même pas, c’est LA meilleure. t’as jamais connu l’hiver, mon gars, tant qu’t’as pas goûté à la poutine russe. celle de chez ashtonof. celle qui te tue. ou qui va essayer. poutine russe rules, man.
et voilà ma contribution du jour au plus populaire des jeux de mots imaginable sur les relations québec-russie.
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